Après la victoire électorale de la Gauche, doit-on aussi lui apporter une victoire idéologique et politique ?

Avec le soutien appuyé de la presse de Gauche tout entière mobilisée pour sauver -malgré elle- la Droite de ses démons avec un altruisme désintéressé qui l’honore, les « humanistes » auto-proclamés (Roselyne Bachelot, NKM, François Baroin, Chantal Jouanno…) s’expriment les uns après les autres pour dire tout le mal qu’ils pensent de la droitisation de la campagne de Nicolas Sarkozy et de l’UMP.

NKM pratique régulièrement l’Humanisme dans les bois, en robe, avec une harpe et de vieux livres

Passons sur le fait qu’ils s’attaquent courageusement aux seuls conseillers du Prince (Patrick Buisson, Guillaume Peltier -ces fachos maurrassiens-, Emmanuelle Mignon, trop libérale…) plutôt qu’au Prince lui-même. Pure loyauté personnelle qui n’a sans doute aucun rapport avec l’hypothèse d’un futur retour de Nicolas Sarkozy. On n’est jamais trop prudent…

Passons sur l’utilisation sans vergogne de la bonne vieille technique stalinienne du « reductio at hitlerum » contre Patrick Buisson qui se voit collé sur le front le nom infamant de « Maurras » (que chacun aura bien traduit par « facho » même si personne ne se souvient de ses idées).

En fait, Nicolas Sarkozy n’était qu’une marionnette de l’ignoble Patrick Buisson, la réincarnation de Maurras aka le Facho

Passons aussi sur le fait qu’ils aient attendu l’ultime défaite finale pour s’exprimer. Cette droitisation ne les avait apparemment pas suffisamment gênés de 2005 à 2007, à l’occasion des défaites électorales successives de 2008 à 2011, lors du discours de Grenoble (2010) et de la campagne présidentielle… pour les dissuader de soutenir Nicolas Sarkozy, de participer à son Gouvernement et de se tenir parfaitement silencieux pendant toutes ces années de dérive droitière.

La loyauté au chef est-elle une vertu politique supérieure au courage et à la loyauté envers ses propres valeurs et convictions personnelles ?

Je me souviens de François Léotard en 1986, des rénovateurs en 1990, de Philippe de Villiers, de Charles Pasqua, de Charles Millon ou de Philippe Séguin, ces ténors qui n’ont pas hésité à rompre avec le confort de leurs familles politiques respectives pour défendre leurs convictions. Certes, ils échouèrent, mais n’est ce pas là l’honneur des hommes politiques dignes de ce nom que de prendre le risque de l’échec plutôt que de trahir leurs idéaux pour une carrière sans gloire ? Ces hommes politiques courageux ont compromis leur carrière mais ils ont joué un rôle politique majeur d’éclaireurs. Leurs ruptures ont préparé le terrain à de futures victoires idéologiques et politiques. Ou sont les leaders de cette trempe aujourd’hui ? Ce vide pathétique – si personne ne venait le remplir – ne manquera pas de favoriser le retour de Nicolas Sarkozy, ou le maintien de la Gauche au pouvoir.

Mais revenons à nos moutons…

La thèse selon laquelle la défaite de Nicolas Sarkozy et de l’UMP serait due à la droitisation de la campagne est fausse et funeste. On ne pourra pas reconstruire la Droite sur la base d’un diagnostic erroné. Et cette offensive masque (mal) un banal affrontement d’ambitions personnelles dans la perspective de la Présidence de l’UMP. Jean-François Copé qui s’est posé en nouvel héraut de la droite décomplexée en est la cible privilégiée.

L’attribution de la défaite de la majorité à sa droitisation est fausse et funeste pour son avenir

Certains voudraient nous faire croire que ce n’est pas le bilan de Nicolas Sarkozy, auquel ils ont participé en tant que Ministres, qui a été sanctionné par les électeurs, mais la ligne « à droite toute » de la campagne. C’est prendre les électeurs pour des idiots que de s’imaginer qu’ils ne se sont prononcés que sur les discours de la campagne et les tentations frontistes de quelques Députés en perdition électorale entre les 2 tours de l’élection législative.

C’est avant tout le bilan du quinquennat qui a été sanctionné. Les entorses faites au statut présidentiel par les écarts de comportement de Nicolas Sarkozy au début de son mandat ont joué leur rôle. Mais les Français auraient sans aucun doute été enclins à lui pardonner si les résultats attendus de son action avaient été au rendez-vous, et si la direction leur avait paru claire et prometteuse. Ils avaient voté pour un Président énergique et réformateur qui semblait avoir une vision et une stratégie, pas pour un Président agité et brouillon multipliant les postures et mesurettes, parfois contradictoires, de pure tactique politicienne. Le manque de réformes réelles et de résultats probants, et l’aggravation de toutes les mauvaises pentes du « modèle » français (déficits, dettes, dépenses publiques, impôts, chômage…), ont pesé plus lourd que le Fouquet’s.

La campagne identitaire et protectionniste inspirée par Patrick Buisson n’a pas réussi à compenser une image dégradée et un bilan médiocre mais elle a sauvé le candidat Sarkozy d’un désastre annoncé par les sondages. Et ce pour une raison simple : elle répond aux attentes des Français.

La « droitisation » des Français est une tendance de fond déjà ancienne. Mais elle était restée longtemps sous-jacente et silencieuse. Nicolas Sarkozy a été le premier à comprendre qu’il pourrait bâtir sa prééminence politique en s’affirmant comme le héraut d’une Droite à qui il aurait redonné sa liberté d’expression et sa fierté. La fameuse Droite décomplexée, par opposition à la Droite complexée qui l’a précédée. Une libération attendue depuis longtemps par la majorité du « peuple de Droite » mortifié de devoir vivre depuis 1981 sous la cloche du politiquement correct, un joli mot pour décrire une idéologie socialiste, communautariste et relativiste portée par la gauche et matraquée par les média.

S’il y un acquis qu’il faut préserver de la période sarkozyste, par ailleurs bien décevante, c’est cette libération de l’expression des convictions de Droite, c’est cette fierté retrouvée de ses valeurs conservatrices et patriotiques.

Aujourd’hui certains voudraient refermer la boite ouverte par Nicolas Sarkozy et retrouver le confort intellectuel et les caresses médiatiques de leur ancienne prison dorée gardée par les commissaires de la pensée autorisée. La plupart sont des nostalgiques de cette époque heureuse du chiraquisme ou ils occupaient des places éminentes dans la douce indolence de l’immobilisme radical-socialiste.

Après la victoire électorale de la Gauche, ils voudraient aussi lui apporter une victoire idéologique et politique. Déboussolés dans l’émotion de la défaite, ils courbent l’échine face aux maîtres médiatiques dans l’espoir qu’ils cesseront cette guerre totale qu’ils mènent contre eux depuis qu’ils osent être vraiment de Droite. Cette démission intellectuelle et politique en rase campagne face à l’adversaire victorieux a un nom que je ne prononcerai pas ici par respect pour les impétrants. Il vaut autant pour ceux qui démissionnent face aux éditocrates et aux socialistes que pour ceux qui le font face au FN.

La seule démarche politique possible pour la Droite est de défendre ses propres convictions, sans se positionner vis à vis des uns ou des autres. Elle doit refuser de se soumettre aux oukases unilatérales de la Gauche (personne ne demande au PS de choisir entre l’UMP et le Front de Gauche) et éviter ainsi de tomber dans le piège politicien grossier que lui tendent le PS et le FN.

Le salut de la Droite viendra des idées libérales

Le travail de réhabilitation qui a été mené pour les valeurs conservatrices et patriotiques n’a pas encore été effectué pour la dimension libérale de la Droite. Elle demeure encore intimidée par le matraquage anti-libéral de ses adversaires. La campagne de Nicolas Sarkozy s’en est trouvée hémiplégique, trop défensive et nostalgique. Le choc de la dure réalité de la crise économique et de la faillite de l’Etat providence se chargera de dégriser les Français des illusions de la campagne, et de préparer les esprits aux solutions libérales. Il appartiendra à l’opposition de Droite d’en faire la pédagogie.

Il est nécessaire que la Droite profite de l’opposition pour redécouvrir son patrimoine politique libéral. Seules les idées libérales lui permettront de proposer des solutions nouvelles et crédibles face la crise, en s’appuyant sur l’expérience et le succès de réformes conduites dans de nombreux pays européens. Seule la défense des idées libérales lui permettra de se distinguer et de sortir du non choix funeste entre devenir un PS ou un FN allégés. Elles sont en effet bien différentes à la fois de la gauche socialiste et de la droite nationaliste, socialiste et anti-libérale qu’incarne le FN de Marine Le Pen.

A l’occasion du choix de son Président, l’UMP devra trancher entre deux stratégies possibles

Ne nous y trompons pas, la cible réelle de cette offensive anti-buissonnière est Jean-François Copé. L’objectif est de profiter de la confusion créée par la défaite pour mener la reconquête de l’appareil UMP.

C’est une bataille à front renversé. C’est celui qui n’a pas participé au Gouvernement, et qui a pris d’assaut la Présidence du groupe parlementaire UMP contre la volonté de Nicolas Sarkozy qui défend aujourd’hui son héritage et sa ligne politiques. A l’inverse, ce sont ceux qui ont participé au Gouvernement Sarkozy pendant des années qui en appellent aujourd’hui au droit d’inventaire et critiquent la droitisation qu’il a pourtant conduite et assumé sans aucun état d’âme. Leur position est la plus inconfortable.

Un choix entre deux lignes politiques pour l’UMP

La bataille pour la Présidence de l’UMP s’annonce en tout cas beaucoup plus intéressante que prévu. Elle permettra de trancher entre deux lignes politiques, deux stratégies bien distinctes : retour à la niche social-démocrate ou poursuite de la reconquête culturelle. Elle sera fondatrice pour la Droite des années qui viennent.

One Response to Après la victoire électorale de la Gauche, doit-on aussi lui apporter une victoire idéologique et politique ?

  1. HR dit :

    A s’enfermer dans l’impasse « libéralisme contre anti-libéralisme », on s’empêche de comprendre qu’après le PS, l’UMP est confronté à la question de la démocratie.

    Notamment après des élections législatives où parachutages, maintiens de candidature contre la volonté de la direction du parti, etc., ont encore montré que la question de l’aspiration à la démocratie est la seule échéance politique de l’UMP et plus généralement en France. Surtout après la fausse primaire organisée par le PS en 2012.

    Sans insister sur la création de la soit-disant « Union des Démocrates et Indépendants » (UDI), où « Démocrates » veut dire que le fondateur se nomme président, et n’accepte que des adhérants qui l’éliront candidat à la présidentielle de 2017…

    Pas là peine d’insister, puisque ce n’est qu’une répétition du « Mouvement des Démocrates » (MODEM) où « Démocrates » veut dire… etc, etc.

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