Polémique de l’Hôtel de la Marine : la France qui coule

La polémique en cours sur l’Hôtel de la Marine est une nouvelle bataille d’Hernani symptomatique du conservatisme excessif d’une France qui se transforme en musée pour vieux fonctionnaires.

L'Hôtel de la Marine

La bataille surréaliste qui se déroule en ce moment autour de l’avenir de l’Hôtel de la Marine est passionnante car elle révèle de manière presque caricaturale les tendances mortifères d’une France momifiée dans un conservatisme archaïque. C’est une bataille idéologique, au coeur du mal français.

Rappel des faits

L’Hôtel de la Marine est un sublime bâtiment, face à la place de la Concorde, construit par Gabriel à la demande de Louis XV, afin de mettre en valeur les productions des artisans français aux yeux des Cours européennes en visite à Paris. On l’appelait alors le Garde-Meubles. Depuis 1789 le bâtiment est le siège de l’Etat major de la Marine française qui l’a, semble-t-il, laissé se dégrader jusqu’à un état déplorable, comme toute bonne bureaucratie qui se respecte. Comme beaucoup de Parisiens, je me suis parfois demandé ce qu’il pouvait bien renfermer. Réponse : des marins. Avec un intérêt stratégique majeur évident : surveiller la Seine pour protéger l’Assemblée Nationale contre l’attaque de navires de guerre étrangers.

Dans la continuité de la louable politique de revalorisation de l’extraordinaire domaine de l’Etat, laissé à l’abandon depuis des décennies faute de moyens, le Gouvernement a décidé de lancer un appel à projet, dans le cadre des partenariats public-privé, pour confier l’exploitation de l’Hôtel de la Marine à des acteurs privés (la propriété du bâtiment restant à l’Etat).

Cet abominable secteur privé qui cherche à faire de l’argent (beurk !) avec le patrimoine de la France éternelle

Membre du secteur privé

Un sublime bâtiment appartenant à l’Etat, c’est-à-dire au peuple français, qui va être restauré et ouvert au public, sans que cela ne coûte un euro au contribuable. Spontanément, on se dit : quelle bonne idée !

Hé bien non, ce serait trop simple. Nous sommes en France. Il s’est donc trouvé de nombreuses personnalités pour se scandaliser qu’on laisse entrer l’abominable secteur privé (beurk !) dans ce bâtiment qui appartient à la Frââânce -comprendre à l’Etat, pas au peuple (beurk !!)- et il paraitrait qu’on pourrait même y faire du commerce (beurk !!!) pour payer les frais de restauration et d’entretien. Quel avilissement ignoble face aux forces de l’argent roi, indigne de la Frââânce.

Extrait du site web de nos sauveurs : « Une exceptionnelle mobilisation de l’opinion publique (8.971 signataires d’une pétition en ligne, soit le nombre d’habitants de Pont-Audemer, charmante bourgade de l’Eure) a permis d’alerter le Président de la République sur l’impopularité d’une cession de l’Hôtel de la Marine au secteur privé, et ceci, quelle qu’en soit la forme ». Le privé, c’est non par principe « quelle qu’en soit la forme ». Au moins, c’est clair.

Résultat ? Face à cette quasi-révolution « populaire », et compte tenu des enjeux socio-économiques majeurs qui sont en cause, il a été décidé de … réunir une commission. Ce n’est pas demain la veille que je pourrai visiter l’Hôtel de la Marine moi.

Mais au fait, quels sont ces horribles projets privés qui sont l’objet de cette mobilisation sans précédent ? Faire de l’hôtel de la Marine un temple de la gastronomie française, ou de l’artisanat d’art (ce qui -soit dit en passant- était la vocation initiale du lieu, celle voulue par Louis XV), ouverts aux talents contemporains de la culture vivante, avec quelques salles à louer, restaurants et boutiques d’artisanat français pour payer tout ça. Mais ou est le problème bon sang ? Le commerce, c’est la vie. D’où vient l’argent qui a financé ce bâtiment,  notre magnifique modèle social et notre administration « que le monde entier nous envie » d’après vous ? Les généraux de la Marine royale aiment bien les contribuables qui les paient et qu’ils sont censés protéger, mais de loin, depuis le balcon de leur bel hôtel si possible.

Et que proposent nos éminents défenseurs du patrimoine nationâââl ? Ouvrir un musée. Original non ? Et qui va payer ? Vous et moi. Evidemment.

La France musée

2 pièces inestimables du Musée de la Charentaise, à Varaignes

Cette tendance grandissante à ouvrir des musées à tour de bras dans n’importe quel bled a quelque chose d’inquiétant (des milliers de nouveaux musées ont été ouverts depuis 30 ans). Célébrer le passé c’est très bien à condition de ne pas sombrer dans une nostalgie fataliste et un conservatisme systématique. Si c’était mieux avant, c’est peut être parce qu’à l’époque la France et les Français étaient plus rock’n’roll qu’aujourd’hui (pas difficile). Les Français prenaient des risques, inventaient, créaient, lançaient des idées et des projets révolutionnaires comme la Tour Eiffel par exemple. Tout le contraire de la France musée, prostrée sur son patrimoine et ses zavantages zacquis, roulant à 35 à l’heure sur l’autoroute de la retraite à 55 ans.

La nouvelle bataille d’Hernani ?

La bataille d'Hernani, anciens contre modernes

Nous assistons à une nouvelle bataille qui oppose les anciens et les modernes. Ceux qui veulent que rien ne change, contre les créateurs et les innovateurs. Les adorateurs du service public contre les entrepreneurs. Le clergé intellectuel de la culture morte, toujours prêt à dépenser l’argent du contribuable, contre les bourgeois mécènes (beurk !) qui n’hésitent pas à investir leur argent dans la culture vivante. La fermeture ou la muséification de bâtiments de prestige réservés à l’élite culturelle ou à l’aristocratie d’Etat (en l’occurrence l’Etat major de la Marine) contre l’ouverture au peuple et aux marchands du temple. La France d’Etat qui coule en pleurnichant et en pestant contre la France des Corsaires (un partenariat public privé avant l’heure) qui montent à l’assaut et ont le mauvais goût de s’enrichir.

A chaque nouveau projet, on voit de vieilles momies protester au nom du bon goût et de la préservation du patrimoine : la Tour Eiffel, le Centre Pompidou (quoique sur ce coup là, ils avaient peut être raison ;), le Grand Louvre, etc, etc, etc… Cette fois, parmi les pétitionnaires de la France muséifiée on retrouve notamment Monsieur Edouard Balladur, un gars pas du tout conservateur, qui avait refusé de quitter son bureau du Louvre quand il était Ministre des Finances pour faire place aux travaux du Grand Louvre.

Paris sera toujours Paris

Pendant que les Parisiens saisissent le moindre projet architectural pour s’empoigner pendant 10 ans, on construit à tour de bras à Berlin, à Londres ou à Barcelone, des villes autrement plus dynamiques, vivantes et attractives que le Paris qui se couche tôt que nous connaissons aujourd’hui. Et Monsieur Pinault a installé sa collection d’art moderne à Venise après avoir essayé en vain d’en faire profiter la France. Et si le principal chantier du Grand Paris, c’était de changer les mentalités ?

Conservateur (de musée)

Pro life

Moi je choisis la vie, la création, le commerce, avec leurs bonnes et leurs mauvaises surprises. Et c’est un vrai conservateur qui vous le dit ! Le conservatisme, c’est garder tout ce qui marche, et ne changer que ce qui ne marche pas. Vu l’état de décrépitude et l’utilité sociale nulle de l’actuel Hôtel de la Marine, il est temps de changer, non ?

J’espère que le Président Sarkozy reviendra sur sa juste intention première et ne se laissera pas effrayer par la mobilisation des vieux barbons de la France moisie et du Figarôôô magazine. Une indication intéressante, parmi d’autres, sur l’orientation réformatrice ou conservatrice de la fin du quinquennat.

PS : un billet sur le livre d’Olivier Poivre d’Arvor « Bug made in France » qui explique comment la France et l’Europe ont laissé la domination culturelle mondiale aux Etats-Unis en se focalisant trop sur la dimension artistique et pas assez sur l’accès à la culture, et ses formes modernes. Une analyse qui va dans mon sens, mais avec beaucoup plus de talent et de connaissance du sujet :
http://www.nicolasbordas.fr/et-si-on-evitait-que-la-france-ne-devienne-quun-musee

Oceane Transport, Attention !!! Ne leur confiez pas votre déménagement !

J’ai fait appel à la société Océane Transport déménagement, située à Aubervilliers, et rue Pourchet dans le 17ème à Paris.

Je vous la déconseille très très fortement. Suite à leur « prestation », j’ai été amené à déposer une plainte…

J’ai fait appel à cette société en passant par un site Internet spécialisé dans le choix de sociétés de déménagement. Je l’ai choisi après avoir rencontré le commercial, Lionel, qui inspirait confiance…
Ensuite, c’est une tout autre histoire. Leur prestation n’a pas été au niveau (objets design mal protégés et dégradés, d’autres cassés…). Mais le pire est que plusieurs objets de valeur ont -comme par hasard- mystérieusement disparu durant cette période…

En effectuant des recherches et en contactant différents sites web qui ont référencé cette société, je me suis aperçu qu’ils avaient reçu des plaintes d’autres clients de cette société et l’avaient déjà déréférencé.

Voilà, vous êtes prévenu.

Réponse à Tariq Krim (La France a besoin d’un CTO) : la France a surtout besoin d’une révolution politique et administrative

Je veux commencer par remercier Tariq Krim d’avoir soulevé dans ce billet cet excellent sujet qu’est la manière dont l’Etat français appréhende, ou plutôt n’appréhende pas bien, la révolution digitale. C’est un enjeu considérable et totalement négligé.

Je partage pour l’essentiel l’analyse de Tariq, notamment  sa vision stratégique selon laquelle les réformes nécessaires devraient beaucoup plus s’appuyer sur le potentiel des technologies numériques. Mais je souhaiterais approfondir l’analyse sur les causes du retard français et apporter ainsi ma contribution à ce débat, en espérant qu’il va prendre de l’ampleur.

On sent en effet Tariq plus hésitant sur les raisons du retard français, sans doute parce qu’il n’est pas familier des arcanes du monde politique et administratif.

J’ai fait du cabinet ministériel, beaucoup travaillé dans et pour les partis politiques, et enfin, j’ai approché certains projets qu’évoque Tariq.

L’échec des projets digitaux en France est programmé par avance, tant au niveau stratégique qu’opérationnel  :

  • Au niveau stratégique, par des décideurs politiques et administratifs qui ne connaissent pas grand chose aux nouvelles technologies, à quelques rares exceptions comme François Fillon,  Alain Lambert et quelques autres.
  • Au niveau opérationnel, par des processus administratifs légaux inadaptés et des intervenants largement incompétents et irresponsables (au sens qu’ils n’ont pas à assumer la responsabilité de leurs échecs).

Il y a une première raison de fonds qui concerne autant les décideurs politiques qu’administratifs, c’est la monoculture et l’inertie de ces milieux qui vivent depuis trop longtemps enfermés dans leur monde clos, dans lesquels ils se sont engagés le plus souvent assez jeunes, sans avoir connu une expérience longue ou avoir effectué des allers-retours dans le secteur concurrentiel privé. Ils sont le plus souvent déconnectés de la réalité, notamment technologique.

Le monde politique français est trop  monolithique et âgé. Le responsable politique français en capacité de décision a en moyenne plus de 50 ans, il est issu de l’ENA ou de la fonction publique, parfois médecin ou avocat, et la politique est son activité principale depuis généralement plus de vingt ans. Peu de chances d’y trouver des entrepreneurs, et encore moins issus des nouvelles technologies. Aux Etats Unis, la génération internet commence à entrer en politique. L’ex-présidente d’e-bay se présente actuellement pour être gouverneur de Californie, et celle d’HP s’est également lancée en politique.

Il n’y a pas assez de passerelles entre le privé et le public, tant au niveau du monde politique, que du monde administratif. Dans d’autres pays, les cadres du privé ont la possibilité d’entrer en politique ou de prendre des responsabilités dans l’administration puis de revenir dans le privé (spoil system). Cela permet de faire entrer dans le secteur public les progrès managériaux et technologiques du privé. Rien de tel en France, ou les décideurs politiques et publics végètent le plus souvent dans une vision datant de leurs années de formation (les années 70 pour la plupart), faute d’avoir eu des expériences professionnelles dans le secteur privé par la suite.

Cette absence de mouvement, de respiration, et de transfert de savoir-faire, entre le public et le privé a pour origine le statut de la fonction publique.

En assurant un emploi à vie, il empêche quasiment les allers retours public / privé. Les cadres du secteur public ne veulent pas quitter leurs pénates, et par ailleurs ils ne sont pas licenciés en cas d’échec ou d’incompétence. Ceux du privé ne peuvent donc pas occuper des places qui ne se libèrent pas.

La sécurité de l’emploi et les facilités de disponibilité qu’offre ce statut assurent également aux fonctionnaires une supériorité technique, un avantage compétitif décisif, dans le combat politique. Les dilettantes de la politique que sont les cadres du privé n’ont dès lors que peu de chances d’être investis et élus. Le monde politique s’auto reproduit entre fonctionnaires et permanents des partis politiques, qui se cooptent entre « professionnels » de la politique, bien loin du monde de l’entreprise et des technologies.

A ces facteurs culturels s’ajoute la lourdeur particulière des procédures d’appel d’offre qui fait qu’entre la décision de lancer un projet, sa conception et son ouverture publique, il se passe entre 18 mois et 2 ans. Difficile de rester à la pointe des dernières technologies dans ces conditions.

Parmi les exemples cités par Tariq Krim, le dossier médical numérique ou le projet de comptabilité unifiée de l’Etat, qui ont pris plusieurs années de retard, démontrent bien les conséquences funestes de la fermeture sur soi de l’administration et du degré d’irresponsabilité généré par le statut de la fonction publique. La comptabilité unifiée de l’Etat était déja dans les cartons en 2000 sous une autre nom et une autre forme, qui n’a jamais abouti. Le responsable du projet chez le prestataire, une SSII internationale pour laquelle je travaillais à l’époque, me parlait de ce projet avec un rictus de souffrance, me décrivant ses interlocuteurs de l’administration comme un monde d’irresponsabilité, d’improductivité et d’incompétence ou chacun – effrayé par l’ampleur du projet – consacrait l’essentiel de son énergie à renvoyer la balle à ses voisins, à se protéger derrière des procédures et des réunions dilutoires.

Prenons maintenant le cas concret de France.fr pour évoquer la responsabilité de notre classe politique.

Au départ, il y a une bonne initiative du nouveau délégué interministériel à la communication, Thierry Saussez, qui tombe, à son arrivée au SIG (printemps 2008), sur un dossier en sommeil et voit tout de suite la nécessité de doter la France d’une vitrine numérique. Quelques semaines de réflexion et de consultations (j’ai été sollicité parmi d’autres) permettent de mieux cadrer le projet. L’appel d’offre est lancé fin 2008 (j’y ai participé aux côtés de Ligaris). La décision de retenir l’agence Mode d’emploi est prise début 2009. Puis s’ensuivent 18 mois de travail, ce qui peut s’expliquer en partie par l’ampleur des contenus à créer (on parle du portail de la France tout de même). Ces contenus représentent sans doute une part significative du budget de 800.000 euros qui étonne tant les journalistes.

Il a donc fallu plus de 2 ans entre la décision de lancer le projet et sa mise en ligne. Une entreprise privée aurait sans aucun doute réalisé la V1 du projet en moins d’un an.

L’échec du lancement de France.fr semble également être le résultat d’un mauvais choix de prestataires. Le comité de sélection des agences comportait une douzaine de personnes. Parmi elles, combien étaient des professionnels de l’internet ? Aucune (à l’exception de la responsable web du SIG, mais qui n’avait pas de poids réel sur la décision). Le choix a été fait par des amateurs, parfois éclairés, des gens intelligents, mais pas par des professionnels capables de juger des capacités réelles de telle ou telle agence, de l’ampleur et des dangers d’un tel projet. Dans le cas contraire, une petite agence comme Mode d’emploi n’aurait pas été retenue. Quelles que soient ses qualités créatives -d’ailleurs connues et réelles-, elle n’était clairement pas dimensionnée pour affronter un projet de cette taille, ainsi que les difficultés de la gestion de projet bizantine qui caractérise l’administration. De manière surprenante, vu l’ambition de France.fr, aucun consultant extérieur n’a été sollicité pour accompagner l’appel d’offre et la conduite du projet.

A ce niveau là, on peut parler d’amateurisme. Un amateurisme qui s’explique par le mode de « recrutement » des conseillers web du Gouvernement, le plus souvent des militants à qui l’on a confié l’internet car ils étaient jeunes et/ou proches des décideurs politiques… En la matière, le sommet a été atteint avec la nomination de l’improbable François de la Brosse comme conseiller internet de la campagne présidentielle puis de l’Elysée, avec le soutien de sa proche amie, la première dame de l’époque, alors qu’il était un publicitaire quinquagénaire – au demeurant charmant -, débarqué dans l’internet sur le tard, et produisant à la chaine des sites web plaquettes dignes de l’époque héroique 95/96, en mode copier/coller…

On parle ici de gens de qualité, intelligents et cultivés, mais le web est un métier, dont la dimension protéiforme – technologique, culturelle…- et hautement évolutive, ne tolère guère l’amateurisme. On est très, très, très loin de Chris Hugues, l’un des fondateurs de Facebook, chargé par Barack Obama de l’internet pour sa campagne présidentielle, et de l’équipe d’experts technologiques qui l’a suivi à la Maison Blanche.

L’élite politique française affiche en réalité un désintérêt total et une ignorance profonde des enjeux technologiques. Il suffit de se reporter aux déclarations de nombreux parlementaires sur l’Internet, ou à l’incongruité d’une initiative comme l’Hadopi, pour s’en convaincre. Il n’est dès lors pas étonnant de voir que les projets technologiques sont lancés et gérés n’importe comment, et confiés à n’importe qui.

Il est sans aucun doute indispensable de nommer un CTO issu du monde de l’entreprise et du web 2.0 (Tariq Krim ferait un très bon candidat) mais, d’une part, les responsables politiques sont très loin d’en comprendre l’intérêt ou la nécessité, et, d’autre part, il ne pourra pas faire grand chose tant que les procédures d’appel d’offre, et les modes de recrutement et statuts des cadres du secteur public subsisteront.

Le web 2.0 est tout simplement incompatible avec le fonctionnement crypto-soviétique de l’administration française et le conservatisme du monde politique.

C’est donc une révolution plus profonde qu’il faut mener. Une première solution pourrait être de créer une agence extérieure, en s’appuyant sur le système des partenariats public / privé (une mission a été récemment confiée à Alain Madelin à ce sujet), ou seraient recrutés une majorité de collaborateurs contractuels et expérimentés issus du privé, et qui serait chargée d’accompagner les projets des administrations en mode AMO, voire en mode délégué.

Quant à la politique, c’est à la génération web 2.0 de prendre les choses en main en s’engageant et en prenant le pouvoir, mais ceci est une autre histoire…

Retrouver la furia francese

Ce matin, je perds du temps à écrire ce billet, qui sera sans doute un parmi des milliers d’autres, car je ressens le besoin d’exorciser cette défaite qui me taraude depuis hier soir, afin de pouvoir passer à autre chose, revenir à un état d’esprit offensif, après cette déprimante débacle.

De toutes les innombrables défaites de l’équipe de France de football depuis les années 70, celle-ci est sans doute celle qui m’affecte et m’attriste le plus. Je ne suis pourtant pas un fanatique de foot, mais comme tous les Français, je ne peux pas m’empêcher de vibrer lorsque joue l’équipe nationale.

Ce qui est terrible dans cette défaite, c’est la manière. Et ce qui me déprime, c’est ce que cette manière révèle sur l’état d’esprit et l’évolution de la France.

La France a une longue histoire de défaites, mais de défaites glorieuses, ou les Français habités par la fameuse « furia francese », héritière de la furie gauloise évoquée par Tite Live, donnaient tout, avant de perdre -le plus souvent- devant des nations mieux organisées et habitées par l’esprit de sérieux (romains, allemands…).

Au moins, pouvions-nous vibrer avec les équipes françaises des années 70, 80 et 90. Nous perdions mais c’était la faute de l’arbitre, de la malchance, du cynisme, de la supériorité stratégique, tactique ou physique de l’adversaire. Nous perdions, mais avec le fameux panache français qui nous permettait au moins de garder la tête haute. Comme beaucoup mon match préféré est celui de 1982 face à l’Allemagne, ou tout le génie français, totalement libéré, aboutit finalement à la défaite la plus injuste de l’histoire de football face à une Allemagne simplement efficace. Et parfois cette furia francese, canalisée par un homme providentiel, a débouché sur des victoires rares mais toujours magnifiques.

Toute proportion gardée, le parallèle entre cette débâcle de l’équipe de France et l’anniversaire de celle de 1940 est tout de même frappant. Même défaite sans combat. Des défaites qu’on pouvait voir venir de loin. Mais le même aveuglement devant les faits, la même absence de réaction, ont produit le même effondrement final. Une faillite mentale et politique qui a précédé la déroute. Ce sont d’abord les défaites d’un système et d’un état d’esprit.

Au fond, c’est ce que cette défaite de foot dit sur la France d’aujourd’hui qui me déprime véritablement :

  • L’absence de sens des responsabilités. Plus personne n’assume, plus personne ne démissionne en France, sous prétexte de résister à la pression médiatique, que ce soit au gouvernement, à la tête des sociétés du CAC 40, ou dans le foot.
  • Le déni devant la réalité. Les explications des joueurs et de Domenech à la suite des matchs sont à l’image de cette France qui depuis longtemps refuse de voir qu’elle est ruinée ou en voie de l’être, et se refuse aux efforts et évolutions nécessaires.
  • L’arrogance.
  • Le copinage qui l’emporte sur les résultats effectifs, quand il s’agit de répartir le pouvoir et les responsabilités. La préservation des intérêts individuels qui dominent les choix stratégiques, réduits à l’état de non choix politiciens. Au-delà de la guéguerre de nains risible qui a abouti à la mise à l’écart de Gourcuff, n’oublions pas la responsabilité des « chefs » de la fédération de football qui ont maintenu Domenech contre l’évidence des résultats (de leur absence en l’occurrence), contre tout un peuple, contre le bon sens, afin de conserver leurs petits pouvoirs et avantages.
  • Le manque de combativité et de travail. Les Français sont ceux qui travaillent le moins, et qui ont le moins d‘actifs. On arrive plus tard sur le marché du travail, on le quitte plus tôt et dans l’intermède on travaille moins (35 h, 5 semaines de congés payés, arrêts maladie non justifiés…).
  • Et pour couronner le tout, l’étalage impudent du matérialisme et de l’hédonisme individuel dans leur expression la plus vulgaire, incarnée par le « bling bling » des joueurs et des responsables politiques et économiques. Notez que je n’ai rien contre l’étalage des richesses, les bonus et les Ferrari, s’ils sont la récompense de résultats effectifs. Quand on gagne et qu’on fait gagner les autres, on mérite d’être récompensé et on a le droit de faire ce que l’on veut de ses gains. Cela devient par contre totalement intolérable et indécent lorsque ces richesses sont acquises sans risque, sans effort, sans résultat, dans un système qui privilégie les statuts, les relations, et préserve les positions contre vents et marées.

La France a pris un gros coup de pied au derrière hier soir, une énorme gifle devant le monde entier. Puisse cette honte aider à un sursaut, à une prise de conscience nationale, qui nous éviterait d’autres humiliations et débâcles, beaucoup plus graves, sur les champs de bataille économique et politique.

A cet égard, la manière dont cette défaite sera gérée dans les semaines et les mois qui viennent, en dira long sur la capacité de rebond de la France d’aujourd’hui.

Pourquoi ce blog ?

Bonjour la Blogosphère,

Le fil d’ariane de ce blog sera celui de ma vie professionnelle : l’engagement. C’est mon côté sérieux.
L’esprit sera celui du politiquement incorrect et de la « rébellion » -contre les idées reçues ou les modes du moment-. C’est mon côté rock’n’roll.

J’ouvre ce blog tardivement, au moment de quitter l’agence web L’Enchanteur des nouveaux médias créée fin 1999 avec Bruno Walther, qui clôt un second cycle professionnel, celui de l’e-marketing, après avoir passé quelques années en politique aux côté d’Alain Madelin et des libéraux.

Loic Le Meur sera content, lui qui avait regretté que je déclare en 2006 « Les blogs c’est pour les loosers » (je parlais des hommes politiques) en réponse aux journalistes qui m’interrogeaient sans cesse sur la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy n’avait pas de blog, comme s’il s’agissait d’une marque de ringardisme. Je réagissais aussi aux excès de zèle de la mode des blogs, qui sera suivie par bien d’autres modes annuelles générant des vagues de bullshit tout aussi excessives (le 360°, le marketing viral, et maintenant le brand content,  l’influence …). C’est mon côté rebelle et pragmatique (« Une stratégie ne vaut que par sa mise en oeuvre » est une de mes citations préférées). J’espère que je ne suis pas à mon tour en train de basculer du côté de la loose. 😉 L’avenir le dira.

Sans que ce soit nécessairement conscient, je me suis aperçu, en faisant le bilan de mes 15 premières années d’activité, qu’encourager et organiser l’engagement des gens pour des idées, des actions, des communautés ou des marques a toujours guidé mon parcours et ma réflexion stratégique pour mes clients.

Je me suis engagé en 1988 lorsque j’ai rejoint le Parti Républicain (F. Léotard…), par admiration pour Ronald Reagan & Margaret Thatcher, et contribué à la création des Etudiants Libéraux à Sciences-Po. J’ai commencé à travailler en 1993 au cabinet d’Alain Madelin, Ministre des Entreprises. Nous avons créé à partir de rien un mouvement de près de 10.000 personnes -Idées Action- qui reposait sur des clubs locaux de réflexion politique. Il se distinguait des partis traditionnels par une politique d’animation (on dirait CRM aujourd’hui) volontariste consistant à fournir tous les mois aux délégués locaux des kits clés en main pour animer les réunions et débats. Nous voulions faire remonter les bonnes idées de terrain (aujourd’hui on dirait « crowdsourcing ») et motiver les militants à participer à l’action en les faisant contribuer à la réflexion (aujourd’hui on dirait que c’était un mouvement « participatif »).

Avec Bruno Walther, nous avons toujours eu, dès la création de notre agence web en 1999, une vision très communautaire et utilitaire de l’internet (aujourd’hui on dit web 2.0). Nous aurions sans doute du nous occuper d’avantage de notre projet pilote magrossesse.com, plutôt que de chercher à évangéliser un marché qui n’était pas mûre. Aujourd’hui il l’est, et mon expérience professionnelle et politique prend tout son sens. Le moment est donc sans doute bien venu pour la partager.

C’est la raison pour laquelle je crée ce blog, mais aussi un réseau de consultants en stratégie digitale qui sera lancé très bientôt.

S’engager, encourager et organiser l’engagement des citoyens et des consommateurs, notamment avec l’internet et les médias sociaux, ce sera le thème de ce blog. J’espère qu’il trouvera sa place et apportera sa modeste contribution à la grande conversation.