Retrouver la furia francese

Ce matin, je perds du temps à écrire ce billet, qui sera sans doute un parmi des milliers d’autres, car je ressens le besoin d’exorciser cette défaite qui me taraude depuis hier soir, afin de pouvoir passer à autre chose, revenir à un état d’esprit offensif, après cette déprimante débacle.

De toutes les innombrables défaites de l’équipe de France de football depuis les années 70, celle-ci est sans doute celle qui m’affecte et m’attriste le plus. Je ne suis pourtant pas un fanatique de foot, mais comme tous les Français, je ne peux pas m’empêcher de vibrer lorsque joue l’équipe nationale.

Ce qui est terrible dans cette défaite, c’est la manière. Et ce qui me déprime, c’est ce que cette manière révèle sur l’état d’esprit et l’évolution de la France.

La France a une longue histoire de défaites, mais de défaites glorieuses, ou les Français habités par la fameuse « furia francese », héritière de la furie gauloise évoquée par Tite Live, donnaient tout, avant de perdre -le plus souvent- devant des nations mieux organisées et habitées par l’esprit de sérieux (romains, allemands…).

Au moins, pouvions-nous vibrer avec les équipes françaises des années 70, 80 et 90. Nous perdions mais c’était la faute de l’arbitre, de la malchance, du cynisme, de la supériorité stratégique, tactique ou physique de l’adversaire. Nous perdions, mais avec le fameux panache français qui nous permettait au moins de garder la tête haute. Comme beaucoup mon match préféré est celui de 1982 face à l’Allemagne, ou tout le génie français, totalement libéré, aboutit finalement à la défaite la plus injuste de l’histoire de football face à une Allemagne simplement efficace. Et parfois cette furia francese, canalisée par un homme providentiel, a débouché sur des victoires rares mais toujours magnifiques.

Toute proportion gardée, le parallèle entre cette débâcle de l’équipe de France et l’anniversaire de celle de 1940 est tout de même frappant. Même défaite sans combat. Des défaites qu’on pouvait voir venir de loin. Mais le même aveuglement devant les faits, la même absence de réaction, ont produit le même effondrement final. Une faillite mentale et politique qui a précédé la déroute. Ce sont d’abord les défaites d’un système et d’un état d’esprit.

Au fond, c’est ce que cette défaite de foot dit sur la France d’aujourd’hui qui me déprime véritablement :

  • L’absence de sens des responsabilités. Plus personne n’assume, plus personne ne démissionne en France, sous prétexte de résister à la pression médiatique, que ce soit au gouvernement, à la tête des sociétés du CAC 40, ou dans le foot.
  • Le déni devant la réalité. Les explications des joueurs et de Domenech à la suite des matchs sont à l’image de cette France qui depuis longtemps refuse de voir qu’elle est ruinée ou en voie de l’être, et se refuse aux efforts et évolutions nécessaires.
  • L’arrogance.
  • Le copinage qui l’emporte sur les résultats effectifs, quand il s’agit de répartir le pouvoir et les responsabilités. La préservation des intérêts individuels qui dominent les choix stratégiques, réduits à l’état de non choix politiciens. Au-delà de la guéguerre de nains risible qui a abouti à la mise à l’écart de Gourcuff, n’oublions pas la responsabilité des « chefs » de la fédération de football qui ont maintenu Domenech contre l’évidence des résultats (de leur absence en l’occurrence), contre tout un peuple, contre le bon sens, afin de conserver leurs petits pouvoirs et avantages.
  • Le manque de combativité et de travail. Les Français sont ceux qui travaillent le moins, et qui ont le moins d‘actifs. On arrive plus tard sur le marché du travail, on le quitte plus tôt et dans l’intermède on travaille moins (35 h, 5 semaines de congés payés, arrêts maladie non justifiés…).
  • Et pour couronner le tout, l’étalage impudent du matérialisme et de l’hédonisme individuel dans leur expression la plus vulgaire, incarnée par le « bling bling » des joueurs et des responsables politiques et économiques. Notez que je n’ai rien contre l’étalage des richesses, les bonus et les Ferrari, s’ils sont la récompense de résultats effectifs. Quand on gagne et qu’on fait gagner les autres, on mérite d’être récompensé et on a le droit de faire ce que l’on veut de ses gains. Cela devient par contre totalement intolérable et indécent lorsque ces richesses sont acquises sans risque, sans effort, sans résultat, dans un système qui privilégie les statuts, les relations, et préserve les positions contre vents et marées.

La France a pris un gros coup de pied au derrière hier soir, une énorme gifle devant le monde entier. Puisse cette honte aider à un sursaut, à une prise de conscience nationale, qui nous éviterait d’autres humiliations et débâcles, beaucoup plus graves, sur les champs de bataille économique et politique.

A cet égard, la manière dont cette défaite sera gérée dans les semaines et les mois qui viennent, en dira long sur la capacité de rebond de la France d’aujourd’hui.

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