Eric Besson a-t-il gagné ses galons d’homme de conviction sur M6 ?

« Avant, j’étais un traitre » Eric Besson pourrait s’afficher sur les publicités (excellentes) d’une marque de lunettes. L’émission de M6, qui a connu un succès incroyable sur le web (600.000 vues), puis à la TV, a changé l’image d’Eric Besson, en mieux.

Eric Besson : "Je me casse", dans Capital. En fond, Christian Ugolini le pseudo-témoin

Des millions de français ont découvert un Eric Besson passionné et sincère, qui ne cède pas sous la pression médiatique, comme tant de ses collègues du Gouvernement qui préfèrent se montrer sous leur meilleur jour en jouant la démagogie politiquement correcte. Un homme authentique qui cache mal ses sentiments, avec un caractère un peu chaud, voire colérique. Mais est ce grave au pays des Gaulois ?

Je prends le pari qu’Eric Besson va sortir grandi, et pour le moins sera perçu différemment, après cet épisode. Si on analyse les réactions sur l’internet, on constate qu’elles se répartissent assez également en 2 catégories : les gens de gauche le haïssent toujours, de ce côté rien de nouveau, mais les gens de droite, qui ne l’aimaient guère (un traitre de gauche), volent à son secours et semblent avoir apprécié ce qu’ils ont vu et entendu : un homme qui défend le bon sens, un bosseur qui connait son dossier, un homme de conviction qui ne se laisse pas impressionné par la pression des médias (de gauche, forcément de gauche). Bref un homme d’Etat.

Cette séquence a également montré, une fois de plus, les dérives d’un certain journalisme devenu à la fois cynique, voire manipulateur, et partisan dans le traitement de l’information. Quand les intérêts du business et du buzz servent les convictions politiques, pourquoi se gêner ?

D’abord la mise en ligne de la vidéo de l’interview complet, avec la scène du départ du plateau, montre le savoir faire et le « cynisme » de Capital, qui a flairé et exploité sans vergogne le potentiel de buzz de « l’incident ». Pari réussi. A la fois sur le web, avec 600.000 vidéos vues, mais aussi pour l’émission TV qui a enregistré un pic d’audience (3.8 millions de téléspectateurs, record de la saison). M6 a bien compris le potentiel d’une bonne articulation du web et du média, bravo.

Il est intéressant de comparer la vidéo, complète, celle qui a fait le buzz, et le montage qui a été montré à la télévision (que l’on retrouve ici).

Une question / réponse dans laquelle Eric Besson déployait des arguments importants a été coupée. Pourquoi couper l’une des réponses les plus convaincantes du Ministre ? Il est vrai que dès qu’on va un peu au fond, et qu’on prend plus de 20 secondes, c’est long, c’est chiant. Si on pouvait régler la question du nucléaire en 140 caractères sur Twitter, ce serait quand même l’idéal…

Guy Lagache

« Donc, vous vous considérez que finalement ces études, ces sondages ne révèlent pas forcement l’opinion… »

Eric Besson

« Ils sont  une photographie intéressante de l’opinion à un moment donné. Est ce que les Français comme d’autres peuples européens ont été troublés, perturbés par l’accident très grave de Fukushima à l’évidence oui mais le rôle du politique ce n’est pas de réagir émotionnellement mais d’essayer d’abord de décrire ce qui s’est passé exactement à Fukushima. Cela mériterait un peu de développement. Et puis deuxièmement sur les questions énergétiques quels sont les choix s’imposent à nous et si vous me permettez 2 mots sur le sujet. En 50 ans la demande énergétique mondiale va être multipliée par 2 du fait de l’émergence des grands pays Chine Inde Brésil Mexique qui aspirent à leur développement. Lorsque vous regardez ce qu’on appelle le bouquet énergétique, le « mix «énergétique » de tous les grands pays industrialisés, c’est assez simple. Soit ils sont bien dotés en hydraulique, c’est le cas du Brésil, du Canada, de la Norvège, de la Suisse, de l’Autriche…etc…  Soit les 2/3 de leur approvisionnement énergétique et de leur électricité sont d’origine ou fossile ou nucléaire. Donc lorsque je vous dis que nous nous avons besoin du nucléaire, je ne vous dis pas que nous ne pourrions pas sortir du nucléaire comme l’affirme un certain nombre d’hommes politiques. »

Enfin, dernier épisode significatif, puisqu’il a provoqué le départ du Ministre, celui du témoignage de Christian Ugolini, cet « ancien sous traitant chargé de la sécurité » tel qu’il est présenté par le journaliste. Ce que ce dernier oublie de dire, c’est qu’il s’agit d’un militant anti-nucléaire, proche de Michèle Rivasi et Corinne Lepage, qu’il ne travaille plus dans le nucléaire depuis plus de 10 ans, et qu’il s’est reconverti dans la réalisation de documentaires. Bonjour l’objectivité, bonjour la crédibilité… Cet homme a bien le droit de donner son avis, comme tout citoyen, mais pourquoi le journaliste de M6 oublie t-il de préciser ces quelques points pourtant fondamentaux dans la bonne appréhension par le public de ce « témoignage » ? Si ce n’est pas de la « manipulation », alors qu’est ce que c’est ? De l’incompétence ? Peut être. Mais le fait que le reste de l’interview soit assez « dur » -ce qui, en soi seul, est à l’honneur du journaliste– semble néanmoins renforcer la thèse de l’émission « piège ».

On va se faire Besson, candidat idéal pour un bon bashing, et surfer sur la vague anti-nuclaire (la peur ca vend), tout en se faisant une belle crédibilité de journaliste sans concession en se faisant un Ministre, sur le thème « On nous cache tout, on nous dit rien » (le conspirationnisme, ca vend). Et avec un peu de chance ca va clasher (la polémique, ca vend). Belle opération.

Dès lors, on comprend mieux la « colère » du Ministre, qui n’aura pas voulu se laisser piéger plus longtemps dans une telle opération.

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Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’information 2.0

L’information à l’âge de Twitter et du web 2.0 est une foire d’empoigne ou prospèrent les rumeurs et manipulations. Les journalistes doivent revenir aux fondamentaux de leur métier pour ne pas alimenter le monstre. Les entreprises, organisations et personnalités doivent apprendre à protéger et à défendre leur réputation.

Je viens de passer quelques jours dans la lessiveuse buzzo-médiatique, des montagnes russes entre insultes, menaces, soutiens et sollicitations médiatiques flatteuses. Salaud de comploteur pour certains, victime ou cador 2.0 pour d’autres, toujours « bon client » pour les média.

On m’a prêté des propos que je n’ai pas tenus, des manipulations imaginaires, des fonctions que je n’exerce pas, une « grande » influence, etc… La plupart des choses écrites étaient fausses, mais peu importe, c’est le grand cirque médiatique et l’histoire était trop belle à raconter. Elle a donc été racontée. Au début j’ai essayé de contacter les journalistes, j’ai envoyé des demandes de droits de réponse, avec avocat en copie, mais devant le rouleau compresseur du buzz, j’ai vite renoncé (Google a trouvé 183 articles de médias, 481 blogs, et je ne sais combien de centaines de tweets, me citant sur les 2 dernières semaines). Un seul journaliste m’a répondu pour s’excuser, et un autre a corrigé rapidement sa dépêche (l’AFP) mais le mal était fait.

De cette expérience, je tire quelques analyses que je voudrais partager :

  • Les média doivent repenser la manière dont ils exercent leur métier à l’ère du web 2.0 et de Twitter
  • La relation non maitrisée entre le web et les média offre aux manipulateurs un grand potentiel d’influence contre lequel ceux qui ont une réputation à perdre doivent absolument se protéger.

Les média français doivent retrouver l’exigence de la vérification des faits

Sur l’affaire de la Porsche, Le Monde a publié la version d’une des parties prenantes (Ramzi Khiroun), sans vérifier la véracité des faits, alors que j’avais indiqué au journaliste leur fausseté et comment la vérifier.

Le dimanche suivant l’arrestation de DSK, les médias ont exposé la théorie du complot proposée sur le fameux billet du Post.fr (modifié depuis, mais tardivement…), publié à 3 h 30 du matin par l’anonyme « Provence117 » qui venait de s’inscrire (de cette manière, il était impossible de l’identifier). Bonjour la fiabilité de la source… Ce billet était truffé d’erreurs chronologiques et factuelles, aisément vérifiables, qui ruinaient totalement sa fumeuse théorie. Malgré tout cela, cette théorie loufoque a été abondamment reprise dans les versions web et off line de nombreux média prestigieux, avec un minimum de distanciation.

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, dans ces premières 36 h, aucun des journalistes concernés n’a jugé utile de vérifier ou de questionner les faits présentés, d’identifier l’auteur, ou de me contacter pour entendre ma version, avant de publier l’argumentaire de l’anonyme et injoignable « Provence117 ». Pourtant, j’étais pour ma part aisément joignable.

Je trouve cela grave. Car, ce faisant, ces médias ont apporté leur puissance de diffusion et leur crédibilité à la thèse du complot, encourageant ainsi les réactions les plus irrationnelles d’une population sous le choc des images. C’est à mes yeux le contraire du rôle et, oserais-je-dire, de la dignité d’un vrai média. C’est inacceptable et inquiétant.

La rédaction du Post.fr n’a pas retiré le billet, malgré ma demande qu’elle avait pourtant initialement acceptée. Il faut dire que le billet avait un grand succès d’audience grâce au relais des médias (350.000 visites !). La déontologie ne pèse pas lourd face au trafic.

Mais cela ne s’est pas arrêté là. Je me suis retrouvé rédacteur en chef d’Atlantico alors que je n’en suis qu’actionnaire… ce qui alimentait encore la thèse conspirationniste. Atlantico a également été cité de manière approximative et erronée, toujours dans le même sens. Par glissements successifs, un média -dont je tairai le nom par charité chrétienne- a même réussi à publier une phrase qui n’était qu’une suite d’informations intégralement fausses. Ca fait peur. Comme par hasard, toutes ces erreurs ne faisaient que renforcer la théorie du complot. Et les histoires de complots, ca fait des pages vues…

Un journaliste du Figaro, que j’avais réussi à joindre sur Facebook, et auprès duquel je m’étais étonné qu’il ne m’ait pas appelé avant de publier son « papier » sur la thèse du complot, m’a répondu « Vous avez raison… Je n’ai pas eu le temps… ». Le manque de temps, voilà la grande explication, la belle excuse des pisse-papiers en mode copier / coller. Il faut publier, vite, et surtout, avant les concurrents. Or son « papier » était l’un des derniers à paraitre sur le sujet. Il aurait sans douté été plus intéressant qu’il soit le premier à vérifier les faits, afin d’apporter un angle différent par rapport à ses concurrents plus réactifs. Cela lui aurait pris 30 minutes (le temps de me joindre et de vérifier les faits, ce qui était techniquement facile).

Si les journalistes se contentent de reprendre telles quelles toutes les conneries publiées par des anonymes sur Twitter ou des médias participatifs non modérés comme LePost.fr, ils seront bientôt remplacés par ces derniers. Aucun média ne peut être plus rapide que Twitter. Aucun média ne peut être plus « Nawak » qu’un média participatif non modéré. A quoi bon faire la course avec eux ? Dans le monde de l’hyper-communication, la seule valeur ajoutée d’un média digne de ce nom c’est, à l’évidence, de filtrer, de sélectionner, d’équilibrer de différents points de vue, et de vérifier les informations. Sinon à quoi bon les lire ? Autant aller directement aux sources. Ce que font d’ailleurs de plus en plus d’internautes.

Cette affaire DSK a provoqué quelques débats télévisés agités entre journalistes sur l’évolution de leur métier, au sujet de l’omerta et de leur manque de distanciation face à la théorie du complot. Ce n’est pas gagné…  J’ai été frappé du conservatisme et du déni de certains : « Circulez, il n’y a rien à voir, on a fait au mieux dans ces circonstances ». Et bien non, vous n’avez pas fait au mieux. Je peux légitimement vous accuser de ne plus faire votre boulot de base, celui de la vérification et de la contradiction des sources. Heureusement, d’autres ont bien compris les enjeux, comme Pierre Haski de Rue89, Guy Birenbaum, Jean-Sébastien Ferjou d’Atlantico ou Jean Quatremer. Ce type de journalistes, soucieux de revenir aux fondamentaux de leur métier, seront les gagnants de la mutation en cours.

J’espère que le choc DSK va favoriser une évolution salutaire du travail journalistique :

  • Cesser la vaine course de vitesse avec le web (perdue d’avance)
  • Se former aux outils Internet (pour éviter de relayer n’importe quoi et n’importe qui)
  • Revenir aux fondamentaux et à la déontologie du métier : vérification des faits, éclairage contradictoire…

Face à cette relation non maîtrisée entre le web et les médias, toutes les manipulations deviennent possibles.

Dans l’état actuel des choses, des experts de l’internet 2.0 peuvent faire passer de nombreuses informations dans les médias, en travaillant bien le sourcing internet des journalistes. Si vous avez une réputation à défendre, que vous soyez une personnalité, une organisation ou une entreprise, il est temps que vous preniez la mesure de la puissance de l’influence potentielle du web sur votre image.

N’écoutez pas les bisounours de l’e-réputation

Bisounours power
Pensez à vous former et à vous équiper avant que le ciel ne vous tombe sur la tête, du fait des mesures de rétorsion de vos clients insatisfaits ou des manipulations de vos concurrents. Et n’écoutez pas les Bisounours de l’e-réputation qui vous expliquent que si vous êtes présents, transparents, ouverts au dialogue, réactifs et gentils sur le web, votre belle image de marque 2.0 vous protégera des rumeurs et manipulations. C’est faux. Bien sur il faut faire tout cela mais c’est nettement insuffisant.

Internet est un monde cruel et impitoyable. C’est la guerre ! Et le champs de bataille se déroule sur la première page de Google, sur les blogs, sur Facebook et Twitter. Préparez vous à surveiller votre territoire, à espionner vos ennemis, à défendre votre patrimoine, et à rendre coup pour coup. Sinon vos adversaires vous enverront au cimetière des éléphants 0.0.