UMP, l’Usine à Médiocre Propagande

Réflexions sur la communication de l’UMP, ou comment passer du stade de la propagande à celui d’un vrai débat ouvert et participatif.

La communication d’un parti majoritaire : un exercice très difficile

Il n’est jamais facile d’animer un parti politique majoritaire. Le moindre nuance vis-à-vis de la politique suivie par le Gouvernement est immédiatement interprétée par la presse comme la preuve de divisions et de querelles égotiques à l’intérieur de la majorité. Par ailleurs, le Président et les ministres vivent mal le moindre défaut de soutien de la part du parti qu’ils interprètent comme une « trahison ».

Le chef de l’UMP, pris entre le marteau et l’enclume, n’a pas la tâche facile. Mais c’est sa responsabilité -et son honneur- de résister « héroïquement » à ses amis et à la tentation funeste consistant à laisser le parti devenir uniquement le porte-voix docile du Gouvernement.

Le funeste choix de la docilité

Depuis son arrivée à la tête de l’UMP, Xavier Bertrand a fait le choix d’un alignement total sur la communication du Gouvernement et les souhaits réels ou supposés du Président et de son entourage. Cela lui vaudra sans doute de revenir au Gouvernement. Mais au prix de l’affaiblissement de l’UMP, aujourd’hui critiquée de toute part –y compris en interne– pour sa léthargie intellectuelle, son verrouillage et son inutilité politique.

Cette stratégie de la docilité est en effet mortifère et vouée à l’échec. Nicolas Sarkozy était le premier à souligner l’importance d’avoir un parti loyal mais indépendant lorsqu’il en était le Président et que Jacques Chirac était à l’Elysée. Dommage que ses successeurs n’aient pas suivi dans cette voie. En effet, quelle est la valeur ajoutée d’un parti qui se contente de resservir les éléments de langage livrés par les communicants de l’Elysée ou de Matignon et déjà diffusés abondamment par les Ministres ? Il devient anecdotique – une voix parmi d’autres -, et finalement inaudible.

Au final, un parti perroquet finit par perdre sa crédibilité et son attractivité. Nous avons désormais atteint un point ou la communication de l’UMP, après avoir suscité l’agacement puis l’indifférence, risque de sombrer dans le ridicule. On a pu le voir récemment avec les compilations de différents intervenants de la majorité récitant tous le même discours au mot près, ou avec les moqueries croissantes suscitées chez les parlementaires UMP par les communiqués lénifiants de leur parti, ou les déclarations guerrières de Benjamin Lancar qui veut dénoncer les mensonges de la « gauchosphère » sur Internet (après la propagande, la contre propagande…).

Même les adhérents UMP décrochent en se désinscrivant de la newsletter du parti, voire en ne renouvelant par leur carte.

A deux ans de l’élection présidentielle, il est urgent de changer de stratégie, de style et de supports de communication

Changer de stratégie, en laissant vivre le débat et s’exprimer les idées. On peut ne pas être d’accord avec les « surenchères » des parlementaires de la « Droite populaire » (Eric Ciotti, etc…) mais elles ont au moins le mérite de contribuer au débat démocratique, qui est la vocation première des partis politiques (cf. la Constitution). Ce qui pose problème, c’est que l’aile droite de l’UMP est aujourd’hui la seule à s’exprimer avec un minimum d’audace, donnant l’impression que l’UMP ne fait que se droitiser. Il serait utile d’entendre davantage la voix des libéraux, des gaullistes sociaux, des radicaux et des centristes, qui sont inaudibles faute d’oser s’écarter de la ligne fixée à l’Elysée.

L’UMP ne doit pas être derrière mais devant le Gouvernement, toujours en avance d’une idée, d’une proposition, quitte à devenir parfois un poil à gratter, afin d’inspirer l’action du Gouvernement d’une part, et lui donner le beau rôle d’agir au point d’équilibre du débat, d’autre part. Le gouvernement Jospin avait été assez habile dans cet exercice, lui qui devait gérer une majorité plurielle autrement plus indisciplinée et divisée que l’actuelle.

Un parti politique ne devrait jamais cesser de travailler sur le fond, de faire vivre le débat interne en liaison avec les Think Thank français et internationaux. A cet égard, la déconnexion entre l’UMP, le monde intellectuel et les think thank français comme la Fondapol est préoccupante.

Remobiliser les militants en les valorisant et en les formant avec des débats réellement participatifs

Le premier enjeu est de remobiliser les milliers de sympathisants de l’UMP pour qu’ils relaient les messages dans les débats publics, notamment sur le web. En la matière, la clé du succès sera l’animation de ces sympathisants, qui passera par de vrais débats participatifs, la production de contenus de qualité (évitant la propagande et l’auto satisfaction) et, accessoirement, d’outils CRM performants.

Pour cela, il faut d’abord les identifier (via l’e-marketing), les motiver, les organiser et les « armer » d’arguments (via l’animation et les contenus), comme a su le faire Barack Obama.

Le meilleur moyen d’attirer et de remotiver les sympathisants est de les faire participer aux débats autour du projet de 2012. Les conventions animées par NKM et Laurent Wauquiez doivent être l’occasion de faire revivre le débat et d’intégrer l’internet participatif au cœur de leur mécanique, afin d’associer réellement les sympathisants –à l’image de Désirs d’avenir de Ségolène Royal en 2006-, et non à la marge, avec une pseudo-participation gadget.

Une révolution copernicienne de la création de contenus

Il faut revoir entièrement la conception des contenus diffusés par l’UMP pour passer d’une logique de propagande à une logique de débat et de communication interne de mobilisation. Les adhérents UMP sont à peine plus intéressés que les autres Français par la propagande de leur parti. La preuve en est le faible taux de lecture du journal et des newsletters de l’UMP. Il est étonnant de constater que l’UMP différencie à peine sa communication interne de celle qu’elle assène au grand public via les journalistes. Elle s’adresse à ses sympathisants comme s’ils étaient des français qu’il fallait convaincre que le Gouvernement prend d’excellentes initiatives, et non comme s’ils étaient des amis qu’il fallait motiver et aider pour qu’ils passent à l’action.

Les adhérents préféreraient qu’on leur parle de l’avenir, qu’on leur demande leur avis sur les futures réformes, qu’on leur donne l’opportunité d’apprendre dans des débats intéressants, qu’on leur fasse partager la stratégie politique et opérationnelle de l’UMP, qu’on leur montre les bonnes initiatives des autres militants partout en France (story telling), etc… Bref des choses que l’on ne peut trouver nulle part ailleurs, et non la reprise de la communication officielle destinée aux journalistes et qu’ils peuvent déjà découvrir dans les médias.

Il s’agit de changer de paradigme en passant d’une communication interne qui ne célèbre que le Gouvernement et la parole de l’élite du parti, à une communication qui célèbre aussi la vie du mouvement, la parole et l’action des sympathisants, afin d’encourager le plus grand nombre d’entre eux à s’engager davantage. 

Réinvestir l’Internet

Concernant les supports, il serait temps que l’UMP réinvestisse l’internet, non comme elle le fait actuellement, en l’utilisant exclusivement comme un relais supplémentaire pour écouler sa propagande ou ses critiques de l’opposition, mais en participant aux débats qui s’y déroulent de manière constructive. Dans ce domaine, il est symptomatique et dommage que l’UMP ait abandonné son blog depuis près de 2 ans : http://blog-ump.typepad.fr

Malheureusement aujourd’hui, l’esprit qui anime les responsables de l’UMP vis-à-vis de l’Internet, essentiellement ressenti comme une boite de Pandore et le repaire de ses ennemis, est plutôt celui de la « riposte » et de la contre-propagande, comme l’a annoncé récemment Benjamin Lancar. Il faut évidemment répondre aux attaques sur le Net, mais cela ne doit en aucun cas être le principal axe stratégique de la cyber-communication de l’UMP, et encore moins faire l’objet d’effets d’annonces qui donnent une image inutilement agressive de l’UMP, et sonnent comme un aveu de faiblesse.

Pour remobiliser les sympathisants de l’UMP sur le web, il faudrait  lancer enfin cette fédération internet plusieurs fois annoncée, mais sans suite. Elle serait la task force de l’action de l’UMP sur le net, qui doit aller bien au-delà de 50 jeunes Pop. Elle s’organiserait autour d’un vrai réseau social, à la fois lieu de débat interne, de formation et centre de coordination des actions externes, à la place du faux réseau social – mais vrai concept gadget et non pertinent – que sont les Créateurs de Possibles.

Prendre le risque d’une plus grande liberté de l’UMP

Mais bien sur, tout cela ne sera possible que si l’UMP retrouve une nouvelle liberté et une nouvelle dynamique, grâce à une nouvelle équipe dirigeante soucieuse de défendre les intérêts de notre famille politique, et pas seulement d’obéir aux désidératas de l’Elysée.

Le choix que fera le Président Nicolas Sarkozy sera un indicateur intéressant de sa lucidité et de sa capacité à préparer 2012 dans les meilleures conditions. Soit il fera le choix de la facilité et de la tranquillité en reconduisant les tenants de « la voix de son maitre ». Les adhérents continueront alors de quitter le navire, la démotivation gagnera les cadres et les élus, et il ne faudra pas s’étonner de la faiblesse de l’apport de l’UMP lors de la campagne 2012. Soit il prend le risque de donner à l’UMP l’autonomie dont elle a besoin pour être vivante et « libre » et, ce faisant, forte et utile pour la campagne de 2012. Comme disait le candidat en 2007, il n’y a pas de pire risque que celui de ne pas en prendre.

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